Par Nathanaël Rosenfeld (Mouvement Pour la France)
La vieille extrême-droite est dépassée. Le Pen est fini. S'il a aujourd'hui encore quelques partisans, s'il peut rassembler quelques votes, s'il peut encore faire parler de lui, on peut raisonnablement penser que tout cela ne lui survivra pas. Les querelles de succession et les scissions auront bientôt raison du Front National, qui se transformera en groupuscule composé de quelques résidus adeptes nostalgiques du vieux gourou. Ceux qui auront conservé certaines idées qui n'étaient pas mauvaises - la défense de la patrie, la fierté d'être Français - se rendront compte à quel point la longue carrière politique de Le Pen fut vaine, inutile, et pire, contre-productive. Ils se tourneront vers des partis de gouvernement, tâcheront de peser sur la vie politique de l'intérieur, et deviendront enfin adultes.
Alors, il n'y aura plus d'extrême-droite, me dira-t-on? Bien sûr que si! Et la voilà la nouvelle extrême-droite: elle vient... d'extrême-gauche. Les différentes vagues d'immigration massive qui ont déferlé sur la France depuis la décolonisation se sont naturellement tournées vers ceux qui défendaient - ou du moins prétendaient défendre - les ouvriers, les pauvres, les faibles, les minorités. C'est donc tout naturellement que les populations immigrées en France se sont jetées dans les bras du Parti Communiste, de Lutte Ouvrière, et de leurs acolytes contemporains : le NPA, le parti des Travailleurs, etc.
Mais voilà : aujourd'hui, les descendants de ces émigrés provenant, pour la large majorité d'entre eux, du Maghreb, n'ont plus la vision de leurs aînés. Ils ne sont pas ici pour fuire la condition moyen-âgeuse qu'avaient fuie leur parents, ils ne se sentent plus faibles, ni ne se considèrent, et c'est là que le bât blesse, comme une minorité. L'héritage laissé par leurs aînés n'est pas le goût du travail, la reconnaissance pour la patrie qui les accueille, la nécessité de s'intégrer, la formidable chance d'avoir cet accès à la culture, à la civilisation, au travail. Non, ce ne sont pas ces valeurs qui leur ont été transmises, mais un fort sentiment de différence identitaire : ils sont Arabes avant d'être Français, et, au lieu de reconnaissance, c'est de la rancoeur qu'il éprouvent pour la France. Ils se considèrent comme traités comme citoyens de seconde zone, victimes d'une colonisation qui n'aurait apporté que ruine et désolation sur la Terre de leurs ancêtres. S'en suit une crispation identitaire, une revendication de plus en plus violente, un retour à l'islam radical, une haine des Français de souche et de leurs complices les Juifs. Alors aujourd'hui, l'extrême-gauche ne leur convient plus : après s'en être servi un temps pour défendre leurs intérêts, ils n'en supportent plus les moeurs libérales, crachent sur la laïcité qu'ils avaient jadis utilisée pour contrer le monopole du catholicisme, vomissent sur les droits des femmes, récusent l'internationalisme et la haine des nations et des identités prônées par les héritiers du marxisme. Leur nouveau combat politique est ailleurs. Les valeurs de la bonne vieille extrême-droite comme on n'en fait plus sont désormais les leurs : l'identité exacerbée et exclusive, l'autoritarisme, le repli sur soi, la soumission de la femme, la haine de l'Autre, le prosélytisme religieux. La France est perçue par eux non comme un héritage culturel à défendre, mais comme un cadre géographique sur lequel ils souhaitent exercer leur pouvoir, puisqu'ils seront amenés, par leur poids démographique, à y devenir majoritaires.
L'Islam est intrinsèquement d'extrême-droite. La lune de miel entre les immigrés de la première génération et l'extrême-gauche est terminée, il ne s'agissait que d'une anomalie due à une position de faiblesse. L'affirmation de la force des populations arabo-musulmanes en France passe par aujourd'hui par une synthèse entre ladite lune de miel, vestige d'un passé honteux, et le remplacement de l'ancienne extrême-droite, trop hostile aux nouveaux immigrants. Mes amis, cette synthèse existe déjà, et est représentée aujourd'hui par Dieudonné, Alain Soral, soutenus par Tariq Ramadan. Ils cherchent à séduire les populations islamisées par un discours antisioniste, prétendent aimer la France, mais n'aiment en fait en elle que le cadre institutionnel sur lequel ils pourront poser leurs griffes. Ces forces semblent rencontrer un écho favorable auprès de la population d'origine immigrée quand ce n'est pas, c'est plus grave, chez des partisans déçus de l'ancienne extrême-droite qui trouvent ainsi un nouvel exutoire à leur antisémitisme. Dieudonné, humoriste - fort drôle au demeurant - reconverti en adepte de la théorie du complot, digne des plus grands auteurs de science-fiction, s'est rapproché de Le Pen, puis Soral, Faurisson, Meyssan, mobilise dans les quartiers à forte population d'origine maghrébine, son public est largement composée de femmes voilées ou, plus à la mode encore, en burka, et d'hommes en djellaba, et atteint jusqu'à 10% dans certaines villes de Seine-Saint-Denis.
La nouvelle extrême-droite "française" est en marche, sachons la reconnaître.
SOURCE